Rencontre avec Bachar Al-Assad 

Il nous reçoit sur le pas de la porte, à l’entrée d’une maison d’un étage située sur les hauteurs de Damas. Aucun protocole, aucune mesure de sécurité ; nous ne sommes pas fouillés ni nos appareils d’enregistrement contrôlés. « Ici, c’est la maison où je lis, où je travaille. Il y a seulement ce salon, une salle de conférence et une cuisine. Et, bien sûr, Internet et la télévision. Ma femme Asma y vient souvent aussi. Ici je suis productif ; au palais présidentiel, ce n’est pas le cas. » Pendant près de deux heures, il aborde tous les sujets, n’élude aucune question. Il prend un plaisir évident à la discussion et utilise ses mains pour appuyer ses arguments. 

A la veille de sa visite en France, le président Bachar Al-Assad est confiant, décontracté, volubile. L’isolement imposé à la Syrie par Washington et l’Union européenne depuis environ quatre ans se fracture. L’entente entre le gouvernement et l’opposition libanaise au mois de mai 2008 a clos une page. « On a mal compris la position de la Syrie, on a déformé nos points de vue. Mais l’accord sur le Liban a ramené les gens à la réalité. Il faut accepter que nous soyons une partie de la solution au Liban, mais aussi en Irak et en Palestine. On a besoin de nous pour combattre le terrorisme comme pour atteindre la paix. On ne peut nous isoler, ni résoudre les problèmes de la région en manipulant les mots comme le "bien" et le "mal," le "noir" et le "blanc". Il faut négocier, même si on n’est pas d’accord sur tout... »

 Alors que l’on annonce la constitution prochaine du nouveau gouvernement libanais, comment M. Assad voit-il l’avenir des relations avec Beyrouth ? « Nous sommes prêts à résoudre les problèmes en suspens. Dès 2005, nous avons échangé des lettres concernant la délimitation des frontières. J’ai aussi déclaré à l’époque au président libanais, M. Emile Lahoud, ainsi qu’au premier ministre, que nous étions disposés à ouvrir une ambassade à Beyrouth. Mais, pour cela, il fallait avoir de bonnes relations et ce n’était plus le cas depuis les élections de 2005. » Le président Assad craignait en effet que le Liban se transforme en base arrière de déstabilisation du régime syrien. Désormais, cette inquiétude s’est éloignée et la Syrie pourrait établir des relations diplomatiques avec son voisin. Une source proche de la présidence annonce que, dès la formation du gouvernement d’union nationale, M. Walid Mouallem, le ministre syrien des affaires étrangères, se rendra à Beyrouth pour discuter des questions en suspens, notamment avec le premier ministre Siniora.

 

M. Bachar Al-Assad participera le 13 juillet à la cérémonie de lancement de l’Union pour la Méditerranée à Paris, ce qui ne l’empêche pas d’exprimer certaines craintes sur le projet. Quand le processus euro-méditerranéen de Barcelone a été lancé, en 1995, explique-t-il, des officiels européens « pensaient que, si l’on développait les relations économiques entre les participants, cela contribuerait à la paix. Encore faut-il qu’il existe un processus de paix ». C’était le cas en 1995, ce n’est plus le cas aujourd’hui : « Si vous n’entamez pas maintenant un dialogue politique, c’est-à-dire si vous n’abordez pas les vrais problèmes, si vous n’avancez pas vers la paix, il n’y aura de place pour aucune autre initiative, que vous l’appeliez méditerranéenne ou d’un tout autre nom. » Même s’il se réjouit que la déclaration finale du sommet de l’Union de la Méditerranée doive intégrer un paragraphe sur le « dialogue politique », il met en garde contre un nouvel échec, « car alors la confiance disparaîtra pour une longue période et nos sociétés évolueront vers le conservatisme, l’extrémisme »...

 Cette idée l’obsède, il y reviendra à plusieurs reprises. « Le terrorisme est une menace pour toute l’humanité. Al-Qaida n’est pas une organisation, mais un état d’esprit qu’aucune frontière ne peut arrêter. Depuis 2004, à la suite de la guerre en Irak nous avons assisté en Syrie au développement de cellules d’Al-Qaida, sans liaison avec l’organisation, mais qui se nourrissent des brochures, des livres et surtout de tout ce qui circule sur Internet. J’ai peur pour l’avenir de la région. Nous devons modifier le terreau qui nourrit le terrorisme. Cela nécessite le développement économique, la culture, le système d’éducation, le tourisme – et aussi l’échange d’informations entre pays sur les groupes terroristes. L’armée seule ne peut résoudre ce problème, les Américains le mesurent en Afghanistan. »

 Qu’espère-t-il pour son pays dans cinq ans ? « Que notre société soit plus ouverte, que la nouvelle génération soit aussi moderne que l’était celle des années 1960. Et qu’elle soit aussi plus laïque [secular] au sein d’un environnement régional plus laïque. » Un aveu d’une étonnante franchise qui témoigne de la crise profonde des sociétés arabes…

 Et qui aide à comprendre pourquoi la paix semble plus nécessaire que jamais au président syrien. Depuis 2003, il a multiplié les déclarations sur sa volonté de reprendre les négociations avec Israël [1]. Après la guerre du Liban de 2006, il s’est nettement démarqué des déclarations du président iranien Mahmoud Ahmadinejad : « Je ne dis pas qu’Israël doit être rayé de la carte. Nous voulons la paix, la paix avec Israël. » (Der Spiegel, 24 septembre 2006). La réponse de M. Ariel Sharon d’abord, de M. Ehoud Olmert ensuite a été une fin de non-recevoir : « On ne peut faire confiance à ce régime », entendait-on dire, notamment à Washington. Pourtant, en mai 2008, Tel-Aviv et Damas annonçaient l’ouverture de négociations indirectes sous l’égide de M. Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc.

 Pourquoi ce changement de la position israélienne ? « La guerre du Liban de 2006 a appris à tout le monde que l’on ne peut pas résoudre un problème par la guerre. Israël est la plus grande puissance militaire de la région et le Hezbollah est plus petit que n’importe quelle armée. Et qu’a obtenu Israël ? Rien. » Le président rappelle qu’après cette guerre, de nombreuses délégations américaines proches des positions israéliennes se sont rendues à Damas. En décembre 2006, la commission Baker-Hamilton a prôné un dialogue entre Washington et Damas et, en avril 2007, Mme Nancy Pelosi, la présidente de la chambre des représentants, a rencontré M. Assad. « Pourtant, poursuit-il, le plus grand obstacle à la paix, c’est l’administration américaine. C’est la première fois qu’une administration recommande à Israël de ne pas s’engager dans la paix. »

 M. Assad est conscient que celle-ci n’est pas pour demain. Il rappelle que l’opinion israélienne, si l’on en croit les sondages, est opposée à une rétrocession totale du Golan. « Après huit années de paralysie [les négociations ont été suspendues en 2000], après la guerre contre le Liban, après les attaques contre la Syrie, la confiance n’existe pas. Ce que nous faisons en Turquie, c’est de mettre à l’épreuve les intentions israéliennes. Nous ne leur faisons pas confiance et c’est sans doute réciproque. » Le bombardement par Israël d’un site syrien – à usage nucléaire selon Tel-Aviv – début septembre 2007 n’a pourtant pas rompu les contacts entre les deux parties, et le président Assad semble serein : une équipe de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a visité le site concerné et il est convaincu qu’elle n’a trouvé aucune preuve d’une activité nucléaire illégale syrienne.

 Comment relancer des négociations directes et sérieuses entre Israël et la Syrie ? « Nous voulons être sûrs que les Israéliens sont prêts à rendre l’ensemble du Golan ; nous voulons aussi fixer les bases communes de la négociation, c’est-à-dire les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, ainsi que les grands dossiers à examiner : frontière ; sécurité, eau, relations bilatérales. »

 Le président sait que la négociation nécessitera l’intervention d’un médiateur puissant, les Etats-Unis, ce qui suppose l’arrivée d’un nouveau président début 2009. Mais, en attendant, il faut avancer. Lors des négociations entre Hafez Al-Assad et M. Ehoud Barak (à l’époque premier ministre israélien) en 1999-2000, de nombreuses percées avaient été réalisées sur les dossiers les plus épineux. « J’ai dit que 80 % des problèmes avaient été résolus alors. C’est un ordre de grandeur. Si nous repartons de zéro comme le veut aujourd’hui Israël, nous allons encore perdre du temps. Nous voudrions que la France et l’Union européenne encouragent Israël à accepter le résultat des négociations de 1999-2000. » A plusieurs reprises, il exprimera l’espoir que la France et l’Union européenne jouent un rôle complémentaire à celui des Etats-Unis. Sauf sur la volonté syrienne de récupérer l’ensemble du Golan, il rappelle que l’on peut toujours trouver des compromis. Ainsi, sur la sécurité, Israël demandait en 2000 qu’une station d’alerte demeure sous contrôle en territoire syrien, une exigence inacceptable pour Damas qui ne peut tolérer une présence militaire israélienne sur son territoire. Finalement, les deux parties arriveront à un accord : des militaires américains seraient présents dans cette station.

 De nombreux responsables aux Etats-Unis, mais aussi en France et en Europe, espèrent que les négociations israélo-syriennes pousseront Damas à rompre avec Téhéran. La réponse du président est prudente. « Nous avons été isolés par les Etats-Unis et les Européens. Les Iraniens nous ont soutenus et je devrais leur dire : je ne veux pas de votre soutien, je veux rester isolé ! », explique-t-il en riant. Plus sérieusement, il reprend : « Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur tout pour avoir des relations. Nous nous voyons régulièrement pour discuter. Les Iraniens n’essaient pas de modifier notre position, ils nous respectent. Nous prenons nos propres décisions, comme du temps de l’Union soviétique. » Et il insiste : « Si vous voulez parler de stabilité, de paix dans la région, il faut avoir de bonnes relations avec l’Iran. »

 La stabilité régionale et la paix ne sont pas un but en soi, mais créent, pour le président Assad, un contexte lui permettant de s’attaquer aux vrais problèmes. « Notre première priorité est la pauvreté. Les pauvres se moquent des déclarations que vous faites chaque matin, de savoir quel est votre point de vue sur telle ou telle chose. Ils veulent de la nourriture pour leurs enfants, des écoles, un système de santé. Pour cela nous avons besoin de réformes économiques. Ensuite viennent les réformes politiques. Elles peuvent aller ensemble, mais les premières doivent aller plus vite. »

 La croissance de la Syrie est passée d’environ 1 % par an lorsqu’il devient président à 6,6 % en 2007. Mais cela ne suffit pas à absorber les centaines de milliers de jeunes qui arrivent tous les ans sur le marché du travail. Des millions de Syriens vont chercher un emploi à l’étranger. Le président affirme que les réformes de libéralisation sont en cours, que l’ouverture du secteur bancaire a été bénéfique, que les investissements du Golfe n’ont jamais été aussi importants, et qu’il espère aussi d’importants investissements français de Lafarge, de Total, dans le secteur électrique, etc.

 Et la réforme politique ? Le président retrouve sur ce sujet un ton plus convenu et explique les « retards » par la situation régionale. Nous avons été confrontés, explique-t-il en substance, à deux menaces : l’extrémisme alimenté par la guerre d’Irak et les tentatives de déstabilisation qui ont suivi l’assassinat de Rafic Hariri en 2005. A cette époque nous préparions une nouvelle loi sur les partis politiques, mais nous avons dû la repousser. Avec le départ de l’administration américaine, « l’année 2009 sera celle où nous pourrons entamer de sérieuses réformes politiques, à condition que rien de grave n’arrive dans la région, que l’on ne parle plus de guerre, que l’extrémisme recule. »

 Et les prisonniers politiques ? « Des centaines d’entre eux ont été libérés avant et après mon arrivée au pouvoir, poursuit le président. Nous avons plus de mille personnes arrêtées pour terrorisme, vous voulez qu’on les libère ? »

 S’engage alors un dialogue autour de Michel Kilo, intellectuel arrêté en mai 2006 et condamné à trois ans de prison pour avoir contribué à « affaiblir le sentiment national ». Il n’a jamais prôné ni utilisé la violence. « Mais, dit le président, il a signé une déclaration commune avec Walid Joumblatt [le leader libanais druze], alors que Joumblatt a appelé ouvertement les Etats-Unis, il y a deux ans, à envahir la Syrie et à se débarrasser du régime. Selon nos lois, il est devenu un ennemi et si on le rencontre, on va en prison. Pour que Michel Kilo soit libéré, il faut une grâce présidentielle que je suis prêt à lui accorder à condition qu’il reconnaisse son erreur. » (1) Ni l’argument que maintenir Kilo en prison nuit à l’image de la Syrie, ni le fait que l’homme est ferme dans ses convictions nationalistes et hostile à la politique américaine, ne réussissent à fléchir le président. 

Evoquant les espoirs qu’avaient soulevés son élection en 2000 et ce que l’on avait appelé le « printemps de Damas » – une forme de dégel politique –, il parle d’illusions : « C’est comme les jeunes gens qui veulent se marier et pensent que le mariage c’est magnifique. Ils ont de fortes émotions. Mais ensuite vient le choc de la réalité. Nous ne pouvons changer les choses en quelques semaines. » Et il ajoute : « Quand vous jouez aux échecs, vous ne pouvez changer les règles. Vous devez les respecter. » Est-ce pour cela qu’il affirme aujourd’hui : « Nous aurons besoin d’une génération pour mettre en œuvre une réforme réelle » ? Visiblement, il fait le dur apprentissage du pouvoir.

 Rappelé à Damas par son père après la mort accidentelle de son frère aîné Bassel en 1994, M. Bachar Al-Assad, qui suivait une formation d’ophtalmologue à Londres, va passer six ans dans l’ombre de Hafez Al-Assad, sans aucune fonction officielle. « Le président n’a jamais fait quelque chose pour moi, il ne m’a pas nommé vice-président, ministre, ou à la tête du parti, il voulait que je fasse mon apprentissage. Je n’avais jamais pensé être président, mais j’étais sûr de participer à la vie publique. En Syrie, les fils font ce que fait leur père. »

 A la mort de son père, il est élu à la succession, au prix d’un changement de la Constitution. Deux raisons, selon lui, ont présidé à ce choix. « Les gens ont voté pour moi car j’étais le fils de quelqu’un qui avait apporté la stabilité au pays, et dans notre société, un fils ne peut être qu’à l’image de son père. D’autre part, certains savaient que j’étais un modernisateur, je dirigeais la Société syrienne d’informatique, j’ai introduit Internet et le satellite, etc. Et peut-être que d’autres, même sans m’aimer, m’ont préféré à la vieille garde du parti. »

 Comment voit-il l’avenir de son pays ? Réaliste, il répond : « Le bateau n’est pas dirigé que par moi, il a de nombreux capitaines, européens, américain, alors… »

 (1) Un lecteur me fait remarquer que Walid Joumblatt n’a pas signé la déclaration de Damas. C’est exact. J’ai vérifié la transcription de l’entretien. Le président, après avoir fait référence à la déclaration de Damas, dit textuellement, non pas que Joumblatt a signé la déclaration, mais que Michel Kilo a eu des contacts avec lui. C’est ce que l’accusation a affirmé à son procès en Syrie mais qui n’a pas été prouvé.

 9 juillet 2008

 

http://blog.mondediplo.net/2008-07-09-Rencontre-avec-Bachar-Al-Assad

Meeting Bashar al-Assad

by Alain Gresh

 He receives us at the door, at the entrance to a one-story house located on the hills of Damascus.  No protocol, no security measure: we are not searched, nor are our recording devices inspected.  "Here is the house where I read, where I work.  There are only this room, a conference room, and a kitchen.  And, of course, the Internet and television.  My wife Asma often comes here, too.  Here I am productive; at the presidential palace, that is not the case."  For nearly two hours, he covers all topics, without evading any question.  He takes obvious pleasure in discussion and uses his hands to emphasize his arguments.

 On the eve of his visit to France, President Bashar al-Assad is confident, relaxed, outspoken.  The isolation imposed on Syria by Washington and the European Union for about four years is breaking down.  The entente between the government and the Lebanese opposition in May 2008 has turned the page.  "They have misunderstood the position of Syria and distorted our views.  But the accord on Lebanon has brought people to reality.  They must accept that we are part of the solution not just in Lebanon but also in Iraq and Palestine.  They need us to combat terrorism in order to achieve peace.  They cannot isolate us, nor can they solve the region's problems by manipulating such words as 'good' and 'evil,' 'black' and 'white.'  You need to negotiate, even if you do not agree on everything. . . ."

 As the impending formation of a new Lebanese government is announced, how does Mr. Assad see the future relations with Beirut?  "We are ready to solve outstanding issues.  Since 2005, we have exchanged letters on the demarcation of borders.  At the same time, I also said to the Lebanese President, Mr. Emile Lahoud, and the Prime Minister that we were willing to open an embassy in Beirut.  But, for that, it was necessary to have good relations and this was no longer the case after the 2005 elections."  President Assad indeed feared that Lebanon would become a rear base to destabilize the Syrian regime.  Now, this concern has faded away, and Syria can establish diplomatic relations with its neighbor.  A source close to the president announced that, upon the formation of a government of national unity, Mr. Walid Moallem, the Syrian Minister of Foreign Affairs, will visit Beirut to discuss outstanding issues, especially with Prime Minister Siniora.

 Mr. Bashar al-Assad will participate, on the 13th of July, in the launching ceremony of the Union for the Mediterranean in Paris, which doesn't stop him from expressing certain misgivings about the project.  When the Euro-Mediterranean process ( Barcelona process) was launched in 1995, he says, European officials "thought that if we developed economic relations among the participants, that would contribute to peace.  Still, there must be a peace process."   There was one in 1995, but that is no longer the case today: "If you don't start a political dialogue now, that is, if you shy away from real problems, if you can't advance towards peace, there won't be room for any other initiative, whether you call it  Mediterranean or by any other name."  Even though he is pleased that the final declaration of the summit of the Mediterranean Union would include a paragraph on "political dialogue," he still warns against another failure, "because then trust will disappear for a long time, and our societies will evolve towards conservatism, extremism." . . .

 This idea obsesses him, and he returns to it  several times.  "Terrorism is a threat to all humanity.  Al-Qaeda is not an organization but a state of mind that no border can block out.  Since 2004, following the war in Iraq, we have seen, in Syria, development of al-Qaeda cells, which don't have a link to the organization but feed on books, brochures, and especially all that circulate on the Internet.  I fear for the future of the region.  We must change the soil that nurtures terrorism.  This requires economic development, culture, an education system, tourism -- and also an international exchange of information on terrorist groups.  The army alone cannot solve this problem, as the Americans are trying to do in Afghanistan."

 What does he hope for his country in the next five years?  "I hope that our society will be more open and that the new generation will be as modern as that of the 1960s.  And I also hope that it will be more secular within a more secular regional environment."  An astonishingly frank confession testifying to the profound crisis of Arab societies. . . .

 And that helps us understand why peace seems more necessary than ever to the Syrian president.  Since 2003, he has made many statements on his willingness to resume negotiations with Israel.1   After the Lebanon war of 2006, he has clearly distanced himself from the statements of Iranian President Mahmoud Ahmadinejad: "I don't say that Israel should be wiped off the map.  We want to make peace -- peace with Israel" (Der Spiegel, September 24, 2006).  The response of Mr. Ariel Sharon first and then Mr. Ehud Olmert has been a flat rejection: "You cannot trust this regime," they were heard saying, especially in Washington.  However, in May 2008, Tel Aviv and Damascus announced the opening of indirect negotiations under the auspices of Mr. Recep Tayyip Erdogan, the Turkish Prime Minister.

 Why this change in the Israeli position?  "The Lebanon war of 2006 has taught everyone that we cannot solve a problem by war.  Israel is the greatest military power in the region and Hezbollah is smaller than any army.  And what did Israel achieve?  Nothing."  The president recalls that, after that war, many US delegations whose positions are close to Israel's came to Damascus.  In December 2006, the Baker-Hamilton commission called for a dialogue between Washington and Damascus, and in April 2007, Ms. Nancy Pelosi, the Speaker of the House of Representatives, met Mr. Assad.  "Yet," he continues, "the biggest obstacle to peace is the White House.  This is the first time a US administration has advised Israel not to make peace."

 Mr. Assad is aware that it won't happen tomorrow.  He recalls that the Israeli opinion, if the polls are to be believed, is opposed to a full handover of the Golan.  "After eight years of paralysis [the negotiations were suspended in 2000], after the war against Lebanon, after the attacks against Syria, trust does not exist.  What we are doing in Turkey is to test the Israeli intentions.  We don't trust them, and the feeling is undoubtedly mutual."  The Israeli bombing of a Syrian site -- a nuclear site according to Tel Aviv -- in early September 2007 has not severed contacts between the two parties yet, and President Assad appears serene: an International Atomic Energy Agency (IAEA) team has visited the site in question, and he is confident that the team has found no evidence of an illegal nuclear activity in Syria.

 How can direct and serious negotiations between Israel and Syria be re-launched?  "We want to make sure that the Israelis are ready to return the entire Golan, and we also want to establish the common ground of negotiation, i.e. Security Council Resolutions 242 and 338, as well as major issues to consider: border security, water, and bilateral relations."

 The president knows that the negotiations will require the intervention of a powerful mediator, the United States, which has to await the arrival of a new president in the beginning of 2009.  But in the meantime, it is necessary to move forward.  During the negotiations between Hafez al-Assad and Ehud Barak (then Israeli Prime Minister) in 1999-2000, many breakthroughs were made on the thorniest issues.  "I said that 80% of the problems were solved back then.  It's an order of magnitude.  If we start from scratch as Israel wants to do today, we will lose more time.  We would like France and the European Union to encourage Israel to accept the result of the 1999-2000 negotiations."  Several times, he expresses the hope that France and the European Union will play a complementary role to that of the United States.  Except on the Syrian desire to reclaim the entire Golan, he suggests that there can always be compromise.  Thus, on security, Israel demanded in 2000 that an early warning station remain under its control in Syrian territory, a demand unacceptable to Damascus who cannot tolerate an Israeli military presence on its territory.  Finally, the two parties reached an agreement: US forces would be present at the station.

 Many officials not only in the United States but also in France and Europe are hoping that the Syrian-Israeli negotiations will push Damascus to break with Tehran.  The president's response is prudent.  "We have been isolated by the United States and Europe.  The Iranians have supported us, and yet I'm supposed to tell them: I don't want your support -- I want to be isolated!"  he says with a laugh.  More seriously, he takes up the subject again: "We don't need to agree on everything to have relations.  We see each other regularly for discussion.  The Iranians do not try to change our position -- they respect us.  We make our own decisions, as in the time of the Soviet Union."  And he insisted: "If you want to talk about stability, and peace in the region, you must have good relations with Iran."

 Regional stability and peace are not an end in itself, but they create, for President Assad, a context allowing him to address the real problems.  "Our first priority is poverty.  The poor don't care about statements you make every morning, what is your view on this or that.  They want food for their children, schools, a health system.  For that, we need economic reforms.  Then come the political reforms.  They can go together, but the former must advance faster."

 Syria's economic growth rose by about 1% per year during his presidency, reaching 6.6% in 2007.  But that is not enough to absorb hundreds of thousands of young people entering the job market every year.  Millions of Syrians are looking for jobs abroad.  The president says that liberalization reforms are underway, and that opening up the banking sector has been beneficial, since the Gulf investments have never been so important, and he also hopes for major French investments from Lafarge, Total, in the electricity sector, and so on.

 And political reform?  On this subject the president assumes a most polite tone and explains the "delays" due to the regional situation.  We were confronted, he says in essence, with two threats: extremism fuelled by the Iraq War and attempts at destabilization that followed the assassination of Rafik Hariri in 2005.  At that time, we were preparing a new law on political parties, but we had to table it.  With the end of the current US administration, "2009 will be the year when we can begin serious political reforms, provided that nothing ominous happens in the region, that there is no more talk of war, and that extremism declines."

 What about political prisoners?  "Hundreds of them were released before and after my becoming president," replies the president.  "We have more than one thousand individuals arrested for terrorism -- do you wish them to be freed?"

 He then engages in dialogue about Michel Kilo, an intellectual arrested in May 2006 and sentenced to three years in prison for having contributed to "weakening the sense of national unity."  He never used or advocated violence.  "But," says the president, "he signed a joint declaration with Walid Jumblatt [the Lebanese Druze leader] two years ago, when Jumblatt was openly calling on the United States to invade Syria and to get rid of the regime.  According to our laws, he became an enemy, and if one is found as such, one goes to prison.  For Michel Kilo's release, a presidential pardon is required -- I am ready to grant it on condition that he recognizes his mistake."  Neither the argument that keeping Kilo in prison damages the image of Syria nor the fact that the man is firm in his nationalist convictions and hostile to American policy manages to sway the president.

 Referring to the hopes raised by his election in 2000 and the so-called "Damascus Spring" -- a form of political thaw -- he speaks of illusions: "It's like young people who want to marry and believe that marriage is wonderful.  They have strong emotions.  But then comes the shock of reality.  We cannot change things in a few weeks."  And he adds: "When you play chess, you cannot change the rules.  You must follow them."  Is that why he says today, "We will need a generation to implement a real reform"?  Clearly, he is serving a hard apprenticeship of power.

 Brought back to Damascus by his father after the accidental death of his elder brother Bassel in 1994, Mr. Bashar al-Assad, who was trained as an ophthalmologist in London, spent six years in the shadow of Hafez al-Assad, without any official function.  "The president never did anything for me.  He didn't make me vice president, minister, or head of the party.  He wanted me to do my apprenticeship.  I never thought I would be president, but I was sure that I would participate in public life.  In Syria, sons do what their fathers do."

 Upon the death of his father, he was chosen to succeed him, after a change in the Constitution.  According to him, there were two reasons for this choice.  "People voted for me because I was the son of someone who had brought stability to the country and in our society a son cannot but be the image of his father.  On the other hand, some knew that I was a modernizer.  I headed the Syrian Computer Society, I introduced the Internet and satellites, etc.  And perhaps others, even without any love for me, preferred me to the old guard of the party."

 How does he see the future of his country?  Realistically, he said: "The ship is not steered by me, it has many captains, Europeans, Americans, so. . . ."

 The original article in French was published in Nouvelles d'Orient, a Le Monde diplomatique blog, on 9 July 2008.  Translation by Yoshie Furuhashi.

 http://mrzine.monthlyreview.org/gresh100708.html

 

Google
Web Site

hafez al assad speech